Psychoanalysis and Psychopathology ResearchPhilosophy, Sociology, Political TheoryContemporary art, education, critique

Marie-Laure Daniel

2026.4.1ANNALES MEDICO-PSYCHOLOGIQUES

DOI: 10.1016/j.amp.2026.03.004

Abstract

Résumé Contexte Dans les violences conjugales, l’emprise se comprend comme l’effet d’un dispositif de contrôle coercitif exercé par l’auteur des violences, entravant progressivement l’autonomie décisionnelle de la victime. Un paradoxe clinique persistant est alors observé : la victime peut reconnaître la nocivité de la relation et néanmoins éprouver une difficulté majeure à s’en dégager. Objectifs Proposer un éclairage théorique et clinique de ce paradoxe au prisme de l’addictologie contemporaine, en mobilisant de façon analogique des notions issues des modèles motivationnels (craving, renforcement intermittent, dissociation wanting/liking, automatisation, compulsion), sans réduire la violence à une addiction ni déplacer la responsabilité de l’auteur vers la victime. Méthode Réflexion théorico-clinique fondée sur l’expérience du terrain et l’articulation de cadres conceptuels existants. Les notions addictologiques sont utilisées à des fins heuristiques, dans une perspective processuelle et non nosographique. Résultats L’approche permet de conceptualiser un craving relationnel : état motivationnel impérieux, vécu sur le mode du manque, orienté vers le maintien d’un lien devenu central pour la régulation émotionnelle et corporelle, indépendamment du plaisir. Le renforcement intermittent (alternance d’épisodes de tension et de répit) contribue à rigidifier l’attente et la persistance du lien. Une dissociation wanting/liking peut alors éclairer la coexistence entre lucidité critique et attraction persistante, tandis que l’automatisation progressive des conduites et l’installation d’un fonctionnement comportemental de type compulsif contribuent à l’altération de l’agentivité malgré l’insight préservé. Conclusion Utilisé avec prudence, le prisme addictologique rend intelligibles des mécanismes de maintien du lien sans psychologisation réductrice ni pathologisation des victimes, et sans atténuer la dimension intentionnelle du contrôle coercitif. Il soutient une compréhension clinique de la déprise comme processus graduel, impliquant un accompagnement au long cours, sans injonction, articulé aux impératifs de protection et de droit.

Citation format

DANIEL, Marie-Laure. L’emprise au prisme de l’addictologie: Réflexions sur les violences conjugales. ANNALES MEDICO-PSYCHOLOGIQUES, 2026.