A. Maurin Souvignet
Abstract
Nous assistons, depuis presque deux décennies, à un double processus apparemment paradoxal : d’une part, l’adhésion massive à des idéologies radicales et, d’autre part, une certaine désolidarisation des sujets à l’égard des groupes structurés pour leur préférer des « mouvements » (Nuit debout, Gilets jaunes, Bloquons tout, pour des exemples français). Dans ces mouvements, la militance n’est soumise ni à l’adhésion ni à la structuration, et encore moins à la désignation de représentants suffisamment reconnus. Cet apparent antagonisme entre radicalisation et création de mouvements plus ou moins éphémères peut être dépassé si l’on considère que ce sont deux faces de l’idéologie qui sont présentifiées. Dans la position idéologique (Kaës) présidant à la radicalisation, c’est la reconnaissance de l’autre semblable qui est déniée. Dans l’émergence des mouvements actuels, c’est la responsabilité et l’engagement dans un processus instituant qui sont déniés. Le clivage et le déni – ni responsabilité/ni reconnaissance – opèrent comme modalités défensives princeps. Avant que des résistances ne s’érigent et qu’elles mobilisent des mécanismes psychiques plus ou moins secondarisés (intellectualisation, rationalisation…), avant que de la créativité ne s’instaure par la voie de la reconnaissance d’une possible coexistence de forces en opposition, ou bien lorsque ces dépassements sont rendus impossibles par une trop grande vulnérabilité psychique, c’est le modèle de la défiance qui prévaut en ce qu’il est un ultime fragile rempart contre une destructivité attribuée exclusivement à un autre – défense paranoïde s’il en est. Nous proposerons d’illustrer ce propos à partir d’une vignette clinique impliquant des collégiens pris dans un mouvement idéologique destructeur aussi éphémère que puissant et paradigmatique d’une expérience groupale/collective de défiance.
Citation format
SOUVIGNET, A. Maurin. Expériences contemporaines de la groupalité entre défiance, résistance et créativité. l’exemple des anti-2010. Revue de Psychotherapie Psychanalytique de Groupe, 2026, n° 86(1): 117–130.