Philosophy and Social TheoryFoucault, Power, and EthicsMigration and Exile Studies

M. Sénellart

2026.2.4Raisons Politiques

DOI: 10.3917/rai.100.0053

Abstract

Cet article se propose d’examiner le rôle joué par l’essai de Paul Veyne, « Foucault révolutionne l’histoire », paru fin 1978, dans la reformulation par Michel Foucault de son rapport avec cette discipline, entre mai 1978, date de la table ronde avec des « historiens de métier », et 1980, date de la publication de celle-ci, profondément remaniée, dans le volume collectif L’impossible prison . Après avoir retracé la genèse du texte de Veyne et précisé ses liens, moins simples qu’il n’y paraît, avec le cours de Foucault sur la gouvernementalité (« Sécurité, territoire, population », janvier-avril 1978), nous analysons la séance du séminaire « fermé », qui se tint dans le bureau de Foucault en juin 1979, à laquelle il donna lieu. Ce document, inédit à ce jour, fait apparaître un échange remarquable, entre Foucault et Veyne, sur les universaux, où se croisent, dans un étrange jeu de miroirs, questions de philosophe et questions d’historien. Foucault y pose le problème de l’« universel pratique », condition à ses yeux d’une véritable critique historique, qui déroute profondément Veyne. Nous montrons ainsi, à partir de ce passionnant dialogue, comment l’argumentation développée par Veyne dans son essai conduit Foucault à approfondir son attitude nominaliste, affirmée dans La volonté de savoir  (1976) à propos du discours juridico-politique, et désormais comprise comme manière d’introduire des questions philosophiques dans l’analyse historique.

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SÉNELLART, M. Le dialogue foucault-veyne: Questions d’historiens, questions de philosophes ? Raisons Politiques, 2026, n° 100(4): 53–68.