M. Chérel, Clélia Epsteyn
2026.2.1EVOLUTION PSYCHIATRIQUE
Abstract
Résumé Objectifs Ce travail interroge avec le célèbre voyageur écrivain Sylvain Tesson à quelles souffrances psychiques l’errance vient faire réponse. L’objectif est également de montrer comment celle-ci peut se transmuer en voyage. Ce travail vise à saisir l’usage et les fonctions supplétives du voyage chez Tesson. Méthode À partir des écrits du voyageur et de nombreux témoignages – interviewes, vidéos et émissions de radios et de télévision –, nous formulons l’hypothèse que l’errance, la marche forcée, vient en réponse à une angoisse majeure, celle de la fuite du temps et celle de la difficulté à s’éprouver vivant. Les récits des marches et leur usage subjectif par le sujet nous permettent d’élaborer l’hypothèse de la construction d’un dispositif supplétif au défaut initial subjectif. Résultats Nous mettons en évidence que les voyages, la marche, la mise en mouvement, s’isoler du monde, se couper de l’Autre semblent les solutions successives bricolées par Tesson pour se faire un corps, pour traiter et maîtriser l’éprouvé du corps, pour trouver de l’énergie vitale pour vivre, la prise de risque étant ce qui semble pour un temps lui garantir d’être en vie. Sa solution va se complexifier d’abord avec la figure du nomade, avec la cartographie, en dessinant le monde, puis avec le passage de l’écriture en marchant à la publication et la promotion de ses livres. La bonne rencontre lors d’un voyage avec l’art de l’affût ouvrira à l’accueil de la beauté et l’usage de la poésie. Tout ce dispositif subjectif nous paraît constituer pour Tesson un ensemble suppléant à un réel énigmatique. Discussion L’étude des récits de marche chez Sylvain Tesson met en évidence le statut particulier de l’errance dans l’économie subjective du sujet et, par un essai de rigueur, comment elle se transmue en itinérance telle une construction subjective, pour un gain identitaire puisque de l’errant au nomade, Tesson devient un voyageur écrivain itinérant et se fait un nom. Conclusion De l’errance, dite la « malédiction du mouvement » à l’usage du voyage pour obtenir la garantie de son existence, et la production d’une véritable écriture sur les voyages dont le sujet se soutient, se dévoile la voie d’une guérison symptomatique. Dans ce cas, nous envisageons ici que le voyage et l’écriture se confondent avec le soin, un soin ici auto-thérapeutique, et nous montrent un des chemins qui peuvent venir à bout d’un traumatisme de l’être.
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CHÉREL, M.; EPSTEYN, Clélia. De l’errance comme « malédiction du mouvement » à l’usage du voyage comme « conviction de sentir son existence ». à propos du voyageur écrivain sylvain tesson. EVOLUTION PSYCHIATRIQUE, 2026, 91(1): 101–116.