Francis Akindès, Fatoumata Hane, Jean-Émile Charlier
2026.2.4Education et Societes
Abstract
En regardant l’éducation à partir du champ politique, la démocratie est un horizon qui s’impose, mais requiert une culture, transmise par l’éducation. Cela ne va pas de soi en Afrique. La colonisation a projeté sur les sociétés la philosophie des droits de l’homme, supposant que l’individu africain deviendrait citoyen, libre de parole, de pensée, d’expression. Or les modèles endogènes survivent au modèle importé, la parole ne s’y libère que de façon codifiée. En Afrique, l’école ne change pas son modèle dans un monde qui change. Cela incite à lutter contre les complexes hérités du colonialisme, à se dégager du mimétisme institutionnel (l’école transmet les valeurs, la sécurité sociale protège l’individu, etc.) et à décoloniser les imaginaires. Quand l’État n’assure pas la protection sociale, le recours à la communauté (famille, coreligionnaires, cercles ethniques, etc.), à la solidarité est essentiel. Dans les sociétés africaines, l’école produit et reproduit massivement des inégalités. Elle est décalée, à plusieurs vitesses : celle des pauvres, souvent publique, avec des classes de soixante où seuls quelques-uns s’en sortent ; l’école privée, dont le coût est lié à la qualité : “Dis-moi où tu as été à l’école, je te dirai quel sera ton avenir”. Les valeurs véhiculées par l’école font face à la fois aux sociabilités dites traditionnelles et aux réseaux sociaux, canaux incontrôlés de références et de cercles de sociabilité virtuelle. Les jeunes montrent que l’école n’est pas la seule voie d’accès aux connaissances, aux compétences et au revenu. Le net, le smartphone révolutionnent le travail, ouvrent la possibilité de corriger les limites de l’école. L’école de masse n’est pas la solution de l’avenir.
Citation format
AKINDÈS, Francis; HANE, Fatoumata; CHARLIER, Jean-Émile. éDuquer autrement ou périr: Le défi de l’éducation pour le continent africain. Education et Societes, 2026, n° 55(1): 23–34.