Joseph Staten
2026.1.26ETUDES ANGLAISES
Abstract
Hugh Kenner est-il de retour ? Une série de colloques et de numéros de revues récemment consacrés aux écrits inclassables de ce penseur hétérodoxe le laisse penser. Pourtant, la tendance grandissante à présenter Kenner comme un lecteur exemplaire – au nom de son « immense » contribution aux études littéraires – n’est pas tout à fait fidèle à la réalité, notamment parce que son ouvrage le plus influent , The Pound Era, remet totalement en question la notion même de micro-lecture, tant par la forme idiosyncratique de ses analyses que par la structure kaléidoscopique qu’adopte Kenner pour les relier et les organiser entre elles. La façon dont Kenner envisage poèmes et romans, non pas comme des objets statiques à interpréter, mais comme des « intégrités structurées » – des manifestations d’« énergies » structurelles persistantes à travers l’histoire – l’éloigne considérablement de la caricature du conservateur farouche, tout en le rapprochant, de façon plus surprenante encore, de deux des mouvements théoriques majeurs du vingtième siècle : la déconstruction et le nouvel historicisme. Cet article montre que Jacques Derrida et Walter Benn Michaels – deux figures sans lien théorique évident avec Kenner – comprennent eux aussi les textes comme les manifestations de structures sous-jacentes. La vision structurelle que Kenner illustre si puissamment s’avère ainsi être une force centrale dans l’histoire de la critique récente.
Citation format
STATEN, Joseph. “The poem is not its language”: Deconstruction, new historicism, and hugh kenner. ETUDES ANGLAISES, 2026, Vol. 78(3): 280–294.