Célia du Peuty, Louise Pages
2026.5.28Revue Francaise d'Ethique Appliquee
Abstract
La cryoconservation de tissu ovarien est l’une des techniques utilisées pour préserver la fertilité des patientes devant recevoir des traitements à fort risque de toxicité sur leurs organes reproductifs. Actuellement, un des deux ovaires de la patiente est cryoconservé et l’autre est laissé en place, courant un risque élevé d’être altéré significativement. En France, depuis 2021, le cortex ovarien peut également être greffé sans but procréatif, pour rétablir le fonctionnement hormonal des patientes en insuffisance ovarienne précoce. Des professionnels se sont alors interrogés sur la possibilité de prélever les deux ovaires des patientes plutôt qu’un seul, afin d’obtenir plus de greffons et de restaurer tant leur fonction hormonale que leur fertilité. Ils ont sollicité le Centre d’éthique clinique ( cec ) pour les aider à réfléchir aux enjeux éthiques d’une telle démarche. Quatre professionnels du cec ont rencontré quatorze professionnels impliqués dans la préservation de la fertilité, ainsi que trois femmes, toutes mères de deux enfants grâce à une autogreffe de leur cortex ovarien. Du contenu de ces entretiens émergent cinq questions principales, relatives au parcours de soin, à l’incertitude, à l’impact sur l’identité de genre, à la place de la fonction hormonale et à l’information faite aux patientes. Pour chacune sont exposés les arguments en faveur et contre la cryoconservation des deux ovaires, mettant à jour les risques et les intérêts à envisager une telle stratégie. La question de la cryoconservation des ovaires s’inscrit au cœur des enjeux sociétaux relatifs à la santé des femmes, à leurs droits et au respect de leur autonomie.
Citation format
PEUTY, Célia du; PAGES, Louise. Un, ou deux ? Enjeux éthiques de la cryoconservation des ovaires. Revue Francaise d'Ethique Appliquee, 2026, N° 17(1): 101–117.