J. Godin
Abstract
LES SOLEILS DES INDÉPENDANCES»Jacques Ferron, écrivain québécois, intitule les Grands Soleils un drame historique sur la tentative de libération faite par les patriotes de 1837.Et voici qu'un écrivain francophone de la Côte-d'Ivoire, Ahmadou Kourouma, se mérite le premier prix littéraire décerné par la revue Études françaises avec un roman intitulé les Soleils des Indépendances 1 .Entre la pièce de Ferron, jouée tout récemment par le TNM de Montréal, et ce roman qui nous vient de l'Afrique noire, la parenté tient peut-être au seul rapprochement des titres.Mais c'est un rapprochement significatif: l'un et l'autre écrivains, pour exprimer l'éclatement de l'indépendance -ses élans et ses pénibles commencements -ne rejoignent-ils pas, spontanément, le grand et naturel mythe du Soleil ?Soleil de la chaleur vivifiante, ou lumière trop ardente; Soleil joyeux des aubes heureuses, ou voilé et proche encore des grands orages.L'on se rend vite compte, toutefois, en lisant le roman de Kourouma, que les soleils des indépendances ne sont pas entièrement bénéfiques et paisibles.«... les soleils des Indépendances, disent les Malinkés » (p.9) : l'on devine quelque ironie dans la formule.Il y avait bien, pour les Anciens, les soleils des harmattans, et il fallait s'en méfier ; ceux des indépendances ne sont-ils pas plus inquiétants, surtout lorsqu'on s'appelle Fama et qu'on est le dernier descendant d'une race qui a régné sur les Malinkés ?« Fama Doumbouya !Vrai Doumbouya, père Doumbouya, mère Doumbouya, dernier et légitime descendant des princes Doumbouya du Horodougou... » (p.11).Titre de gloire, sans doute, dans une société qui, comptant les lunes plus que les soleils, consultant les griots (sorciers) et les marabouts
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GODIN, J. Les soleils des indépendances. ETUDES FRANCAISES, 1968, 4: 209–216.