Open Access
DOI: 10.3917/rhsh.003.0117

Abstract

Renoncant a la philosophie religieuse de l’histoire comme au dualisme de l’âme et du corps, l’anthropologie europeenne des secondes Lumieres consacre l’alliance des sciences physiques et des arts du gouvernement. Le diagnostic social sacrifie a la legalite formelle de la nature. L’homme est redefini comme un « produit naturel », au « physique » comme au « moral ». L’urgence de son etude est incessamment rappelee. On espere en fait hâter l’emancipation de l’humanite en approfondissant l’analyse de son rapport au monde et la marche necessaire de sa Civilisation. Le paradigme « naturaliste », fonde sur la comparaison, le classement et l’approche nomothetique des faits sociaux, acquiert vers 1800 une autorite sans precedent. Les anthropologues deviennent experts pour tout ce qui regarde l’investigation « statistique » de la condition humaine sous les differents climats. Il s’agit alors de comprendre les determinismes generaux de l’evolution du genre humain, de mettre a jour les ressorts caches de sa felicite. La verite, la moralite des actes et la conduite des affaires publiques s’y trouvent, dit-on, pareillement interessees. La redistribution des recherches dans la decennie 1795-1805 donne ainsi un nouvel elan a la reflexion classique sur la nature humaine, sous sa triple determination temporelle, spatiale et sociale : l’origine, la race, le progres. Cet article propose une synthese des traits dominants de la pensee naturaliste, de ses ambitions reformatrices comme de ses contradictions foncieres.

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BLANCKAERT, C. 1800 – le moment « naturaliste » des sciences de l'homme. Revue d'Histoire des Sciences Humaines, 2000, 3: 117–160.