C. Triolaire
Abstract
La Republique est un marchepied vers l’Empire que Bonaparte emprunte allegrement pour devenir Napoleon. Avant d’etre sacre empereur, le general et Premier Consul use d’un art immodere de la propagande pour asseoir son pouvoir et faconner son propre culte. Des les premiers mois consulaires, les bases d’un regime personnel et autoritaire sont jetees. Dans les terres provinciales du Massif Central, les fetes nationales des 14 juillet et 1er vendemiaire, derniers rejetons du calendrier festif directorial, n’entretiennent deja plus veritablement le souvenir republicain. De plus en plus depourvues de signes civiques exterieurs et de moins en moins nombreuses, ces ceremonies anniversaires ennuient, l’enthousiasme naissant desormais presque exclusivement des rejouissances offertes a l’occasion des succes militaires et des traites de paix. Ultime manipulation de l’heritage republicain, le sacre clot l’episode consulaire avant que la legislation cultuelle de fevrier 1806 n’enterre la fete revolutionnaire et ne consacre au grand jour la devotion napoleonienne. De decembre 1804 au printemps 1814, les temps clefs – messes civiques, discours et banquets fraternels –, l’espace symbolique – parcours des corteges et stations de la solennite – et la pedagogie – ecriteaux et allegories – des fetes republicaines sont mis a l’epreuve de l’Empire. Entre transformations, abandons et resurgences inattendues, ces pratiques festives republicaines different suivant les departements et disparaissent rapidement du paysage ceremoniel napoleonien avant de ressurgir brutalement et symboliquement – pour certaines – lors du Vol de l’Aigle au printemps 1815.
Citation format
TRIOLAIRE, C. Célébrer napoléon après la république: Les héritages commémoratifs révolutionnaires au crible de la fête napoléonienne. ANNALES HISTORIQUES DE LA REVOLUTION FRANCAISE, 2006, 346: 75–96.