D. Viart

2023.11.28Carnets

DOI: 10.4000/carnets.14829

Abstract

La mémoire n’est pas cette fonction simple et unique que l’article défini détermine abusivement. Elle comprend de nombreuses facettes et modalités, abordées par la philosophie et dont on peut analyser le fonctionnement à l’aide des neurosciences. Mais la littérature elle-même, qui en transcrit l’expérience, apporte bien des éléments à la connaissance de cette fonction : que l’on pense au genre des Mémoires, à la « mémoire involontaire » de Proust ou au « syndrome de Brulard » de Stendhal. Je propose de présenter l’analyse des « gammes de mémoire » que la littérature contemporaine française nous fait découvrir, en mettant l’accent sur les plus originales, selon une double approche : modalités d’effectuation et œuvres qui les déploient. Quant aux modalités, on distinguera, à l’aide d’exemples littéraires contemporains, les mémoires acquise (souvenirs personnels, « mémoires » littéraires), apprise (« devoir de mémoire »), transmise (le récit incarné, avec ses marques orales et physiques d’émotions), omise (souvenirs tus ou refoulés), conquise (« travail de mémoire », enquêtes mémorielles, investigations et recherches), auxquelles s’ajoutent des perturbations de deux ordres : mémoire spectrale (phénomènes de surimposition mémorielle involontaire), mémoire empêchées (par l’amnésie ou les pathologies neurologiques telles que la maladie d’Alzheimer). De toutes ces modalités possibles de la mémoire, les textes littéraires donnent des exemples. Plus encore : elles inventent des formes spécifiques, propres à les faire entendre et les mettre en œuvre.

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VIART, D. Gammes de mémoire. Carnets, 2023.